Juriste : un serviteur pour deux maîtres ?





L'apparition de la blockchain loin d'être un évènement simplement technique est un élément foncièrement social. En effet, si une partie importante réside encore aujourd'hui dans la description et la mise en avant des aspects techniques de la blockchain, il n'en ai pas moins que son aspect socio philosophique commence à prendre forme principalement dans avec la mise en avant des DAOs dont le rôle est de permettre la formation de sociétés ou organisations décentralisées opérant dans un paradigme où la transparence, le livre arbitre et la sécurité sont une base solide.


Web2 vs Web3


Le mode d'organisation de la société tel que connu jusque là est principalement basé sur une centralisation des pouvoirs parfois entre les mains d'une seule personne qui se définit comme un monarque ou alors partagée entre plusieurs factions différentes pour assurer qu'aucun abus majeure ne sera pas commis : c'est la fameuse démocratie à l'occidental !

Ce mode d'organisation de la société se retrouve dans le Web 2 avec de grandes sociétés comme Google pou Facebook qui centralise la prise de décisions d'une part, mais également sont responsables de tout ce qui se passe sur leur plateforme. Par exemple, c'est le cas de la commercialisation des données et du besoin de les protéger avec la mise en place du RGPD.


le Web 3 quant à lui est un instrument décentralisé dont le but premier est de se passer du tiers de confiance. Ceci tend à créer un engagement différent du comportement que nous retrouvons dans le Web 2 et son corollaire dans le mode d'organisation de nos sociétés.

Le tiers de confiance, pilier important de la civilisation occidental, est concurrencé par un algorithme qui a en son sein, un comportement prédéfini et qui lui permet de rendre prévisible le comportement des membres de la société à l'intérieur du réseau.

Les règles sont par défaut prévus et implémenter dans des programmes appelés contrats intelligents. C'est un ensemble de blocs de codes qui orientent le comportement des utilisateurs et prévient des déviances et autres imprévus.


Allégeance

Le juriste qui sort des écoles de Droit est éduqué à servir le modèle centralisé de l'organisation des la société. Il n'est pas prêt à servir de guide dans le monde décentralisé sans au préalable avoir fait une formation qui lui permet de se plonger dans ce nouvel univers.

A qui faire alors allégeance ?


Allégeance constitutionnelle

L'allégeance naturelle vers laquelle va se tourner le juriste, c'est la Constitution. Les règles qui définissent le comportement des citoyens dans la Société sont encodées par l'éducation spécialisée dans la tête des juristes qui deviennent dans défenseurs naturels ou artificiel de la Constitution au point de ne faire qu'un avec l'ensemble du système.


Allégeance blockchain

L'allégeance secondaire qui à mon sens est appelée à devenir l'allégeance première ou naturelle, est basée sur la blockchain. A part la formation et l'éducation à renouveler, le juriste apprendra à naviguer dans ces nouvelles eaux. Le mode décentralisé pousse à questionner et repenser toute l'organisation de notre Société. Le mode de partage et de distribution de la confiance devient important. Le dirigeant n'a pas de rôle central, mais devient une sorte de personnage à qui est donnée des pouvoirs de propositions, sachant que ce sont les autres membres de la société, de la communauté, de l'entreprise qui au final prendront une décision dont ils porteront les conséquences.

Le juriste fera partie du panel d'experts qui s'assurera que les décisions prises par la communauté sont en accord avec les principes fondamentaux de la Loi, de la Constitution en vigueur ou sinon proposera de nouvelles formes règlementaire de de prises de décisions, de validation de l'information, etc.


Conclusion

Finalement, le juriste se retrouve pour le moment à servir deux maitres, d'un coté, la Constitution et de l'autre, la blockchain. Cependant, vu dans l'ensemble, il continue de servir un seul maitre, la Constitution, en adaptant les règles du nouveau système à la réalité ou en a proposant de nouvelles aux législateurs pour le bien des entrepreneurs de l'innovation.

Ce qui va changer dans nos habitudes de juristes, c'est la perception que nous avons de l'organisation de la société et notamment les règles légales qui jusque là régissaient le comportement naturel des hommes.


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